Bienvenue, Invité
Nom d'utilisateur : Mot de passe : Se souvenir de moi

SUJET : Les Lames du Cardinal

Les Lames du Cardinal le 22 Octobre 2016 à 20:53 #7188

De retour à l’hôtel de Chevry, Arnaud de Laincourt se dirigea vers la cuisine. Empruntant l’escalier donnant aux réserves, il ouvrit le passage secret donnant sur un long couloir. Jadis cette porte avait été créée pour quitter discrètement la demeure. Lorsque le bâtiment fut reconstruit en hôtel particulier, la porte dissimulé subsista et rallia, non plus les égouts ou catacombes de l’époque, mais le sous sol de l’édifice voisin, dont l’appellation était hôtel Tubeuf. Laincourt avait connaissance de cet accès car les deux bâtiments, ainsi que d’autres dans le quartier, était propriété du Cardinal. L’hôtel Tubeuf était également le domaine de l’Ordre du Saint Esprit, duquel fait parti le Cardinal ; mais Laincourt sait qu’il ne vaut mieux pas mêler les affaires de l’Ordre et des Lames, même si les deux visent à protéger le Roy.
Après avoir parcouru quelques couloirs à la lueur d’une lampe allumée dès la cuisine, le Capitaine des Lames arrive à la salle où est sensé se trouver la malheureuse Charlotte. André veilla très difficilement à la porte, et affiche son soulagement de voir Arnaud.
- Les nouvelles sont elles bonnes Monsieur ?
- Pas autant que je le souhaiterai André, répondit Laincourt. Comment cela se passe ?
- Et bien Monsieur de Desbordes a renvoyé Monsieur Pèlerin afin qu’il se repose, et il est à l’intérieur pour veiller Mademoiselle Néomaye.
- Comment va-t-elle ?
- Depuis le départ de Monsieur Pèlerin, qui est venu m’avertir, elle dort du « sommeil du mort ».
- Elle est dans le coma, s’inquiéta Arnaud.
- Oui, c’est le terme utilisé par Monsieur Pélerin, confirma André. Ces crises se sont arrêtées aussi brusquement que ces hurlements tantôt ; et il a assuré qu’elle vivait. Nous ne savons cependant pas quand elle va se réveiller ?
- Bien. Demander à Monsieur de Desbordes de me rejoindre dans le couloir, et veillez là quelques instant je vous pris.

L’instant d’après le maître d’arme sortait de la pièce. Son visage ne trahissait pas d’inquiétude, pas plus que de soulagement. L’homme d’arme attendit que son supérieur prenne la parole.
- André vient de me décrire l’évolution de son état, commença Laincourt. Qu’en pensez-vous ?
- Je n’ai jamais rien vu de tel. Si nous étions en train de parler d’une malade, comme un fiévreux qui délire, expliqua Talber, je vous dirais que le plus dur est passé. Elle semble dormir calmement, mais elle est très faible. Nul doute qu’elle a livré un terrible combat et qu’elle n’y a pas encore perdu la vie.
- Pensez-vous que son esprit ait été forcé ?
- Comme je vous l’ai dit, je n’ai rien vu de tel. Pour moi, elle n’a pas l’expression de quelqu’un qui a perdu ; mais peut-on s’y fier ?
- Et si elle a perdue, supposa le Capitaine, que conseillez-vous ?
- Trouver ce dragon et le réduire à néant, déclara l’ex garde noir avec une fermeté qui ne laissait aucun doute sur son engagement.
- Bien, je la laisse à votre garde, reprit Laincourt en s’apprêtant à partir. Avec un peu de chance Madame de Vichenault apportera de l’aide avant l’aube.
- Mon Capitaine, l’interrompit Talber, puis je vous poser une question en toute franchise.
- Faites donc, répondit calmement Laincourt en lui faisant face.
- Envisagez-vous de l’exécuter si nous ne parvenons pas à la soustraire à l’influence du dragon, et que ces secrets tombent entre les griffes de ce dernier ?
- C’est sans doute ce que le Cardinal demandera, répondit Laincourt en regardant son meilleur épéiste, pour le bien du Royaume. Nous verrons ce qu’il en sera lorsque le Cardinal sera mis au courant ; d’ici là bien des choses peuvent survenir. Passez une bonne fin de nuit Monsieur de Desbordes.
  • Julien COLLIGNON
  • ( Utilisateur )
  • Portrait de Julien COLLIGNON
  • Hors ligne
  • Maître
  • Messages : 121
  • Remerciements reçus 7
L'administrateur à désactivé l'accès en écriture pour le public.

Les Lames du Cardinal le 23 Octobre 2016 à 16:15 #7189

Ceci me semble bien résumer un des moments forts de la partie de vendredi :


  • Philippe
  • ( Administrateur )
  • Portrait de Philippe
  • Hors ligne
  • Moderateur
  • Webmaster des BdR
  • Messages : 398
  • Remerciements reçus 7
Anonymity is your name. Silence your native tongue.
You're no longer part of the System.
You're above the System. Over it. Beyond it.
We're "them". We're "they". We are the Men in Black.
L'administrateur à désactivé l'accès en écriture pour le public.

Les Lames du Cardinal le 23 Octobre 2016 à 16:43 #7190

Allons voyons, Vi är lugna qui ne l'est pas plongée dans le coma....
  • Morgane
  • ( Modérateur Global )
  • Portrait de Morgane
  • Hors ligne
  • Présidente
  • Messages : 45
  • Remerciements reçus 5
L'administrateur à désactivé l'accès en écriture pour le public.

Les Lames du Cardinal le 24 Octobre 2016 à 15:11 #7196

En attendant que la nuit se termine à Paris,
faisons un petit tour du côté de Saint-Germain-En-Laye !
  • Julien COLLIGNON
  • ( Utilisateur )
  • Portrait de Julien COLLIGNON
  • Hors ligne
  • Maître
  • Messages : 121
  • Remerciements reçus 7
L'administrateur à désactivé l'accès en écriture pour le public.

Les Lames du Cardinal le 24 Octobre 2016 à 15:11 #7197

Saint-Germain-En-Laye, 22 avril 1643

Le brouillard matinal commençait à se dissiper et les cloches de l’église, qui sonnaient 10h, étaient à peine perceptibles dans la cave où les Lames s’étaient retirées avec leur prisonnier.
- Croyez-vous vraiment que nous devions laisser notre alchimiste dehors, demanda Hubert Petitbois à ces compagnons.
- Certainement, répondirent en cœur Edmond Galieni et Arnaut Frommentin.
- Je ne tiens pas à ce qu’il ai encore une parole ou un geste malheureux, protesta le Chevalier d’Alès.
- Et puis, il faut bien quelqu’un pour monter la garde pendant que l’on interroge notre homme, fit remarquer le Chevalier de Saint Gobain.
- Sans doute, admit Petitbois.

L’ancien soldat sentait bien que c’était plus le ressentiment que la prudence qui poussait ses compagnons d’armes à éloigner le nouveau venu de l’équipe ; ces seules erreurs, aussi gênantes soient t’elles, n’expliquaient pas cette mise à l’écart. Il faudrait bien pourtant que tout le monde y mette du siens afin de s’acquitter au mieux de la mission ; et il avait fort à parier qu’une mésentente y nuise considérablement. Le Cardinal, encore moins que Laincourt, n’accepterait un échec dont l’origine serait aussi futile qu’une querelle d’égos. Reportant sa réflexion à plus tard, Hubert se concentra sur l’interrogatoire.

- Qui es-tu et qui t’as envoyé ? commença Edmond sans détour.
- Je suis un garde au service du Duc de La Meilleraye, et vous m’avez agressez, rétorqua l’intéressé.
- Il est vrai que tu as les traits d’un garde du Duc, enchaina Arnaut, mais malheureusement le garde que tu as égorgé pour sortir de ta cellule a les mêmes. Comment tu expliques ça ?
- Vous vous trompez, s’insurgea le prisonnier, je suis un garde du Duc et je n’ai tué personne.
- Et tu ne tentais pas de t’enfuir non plus, ironisa Edmond.
- J’avais une affaire à régler pour le Duc, se défendit l’accusé en tirant sur ses liens.

La conversation s’éternisa. Le prisonnier abreuvait les Lames de propos divers et variés ; face à un candide il aurait sans doute donné le change, mais face aux agents du Cardinal son histoire était aussi discordante que peu crédible.

- J’ai déjà entendu des mensonges plus convaincant, soupira Edmond. Peut-être faudrait-il aller droit au but, fit-il en regardant ses camarades.
- Tout à fait, déclara Arnaut en sortant une dague et l’a pointant sur la gorge du patenté en plongeant son regard dans le sien. Alors une nouvelle fois, qui es-tu et pour qui travailles tu ?
- Je vous l’ai déjà dit, je…
- … et en faisant un petit effort, menaça Arnaut en tirant sur les cheveux du menteur et en faisant perler une goutte de sang sur sa glotte.

Au bout d’une petite minute de ce traitement, l’attitude du prisonnier changea alors brusquement pour devenir d’un calme froid. Son visage commença à se modifier et en quelques secondes devint la réplique exacte de celui d’Arnaut Frommentin ; qui eut grand peine à ne pas s’écarter.

- Je suis celui qui est partout, cracha le transformé avec la même voix que le Chevalier de Saint Gobain, et très bientôt vous tomberez sous mes coups.

Avant que quiconque ne puisse esquisser un geste, l’étrange personnage eut un violent mouvement de tête vers le bas … qui l’empala sur la dague de son interrogateur. Il mourut rapidement dans un râle de sang, conservant les traits de son bourreau involontaire.

- Sans vouloir te vexer, fit Hubert pour briser le silence de mort qui s’était installé, je pense que tu n’as pas de talent pour interroger les prisonniers. Mais pour les exécuter c’est une autre affaire !
  • Julien COLLIGNON
  • ( Utilisateur )
  • Portrait de Julien COLLIGNON
  • Hors ligne
  • Maître
  • Messages : 121
  • Remerciements reçus 7
L'administrateur à désactivé l'accès en écriture pour le public.

Les Lames du Cardinal le 24 Octobre 2016 à 15:13 #7198

Saint-Germain-En-Laye, 22 avril 1643

Après avoir fait disparaitre le corps, portant toujours les traits d’Arnaut Frommentin, les Lames revinrent au manoir du Duc de La Meilleraye, et y attendrir une nouvelle audience. Moins d’une heure plus tard, ils étaient reçu en très petit comité par le Duc et

- Monsieur le Duc, commença Edmond, nous avons le regret de vous informer que votre captif s’est échappé, tuant au passage un de vos gardes ; et est parvenu à s’enfuir à cheval, grâce à la complicité d’une dizaine de mercenaires.
- Nous avons défait ces derniers, poursuivit Arnaut, mais ils ne nous ont rien apprit, si ce n’est que l’homme en question les avait payé pour couvrir son éventuelle fuite.
- Enfin nous avons réussi à arracher au fuyard, conclut Hubert, un sauf conduit lui donnant accès à Paris par une porte particulière : la porte de Nesle.
- Ce malandrin a donc des complices à Paris, s’insurgea le Duc. Il va donc y retourner pour rallier son maître et menacer la Couronne. Je savais que ce Louis de Blois était de la même engeance que ce maudit Beaufort.
- Monsieur le Duc, reprit calmement Edmond, nous pensons effectivement qu’il va à Paris retrouver son maître ; mais nous ne pensons pas qu’il est attaché au Duc de Beaufort.
- Comment ça, fit le noble surpris. Comment pourrait-il en être autrement ?
- Nous avons examiné l’arme avec laquelle il vous a menacé, poursuivit Arnaut, et il s’agit d’une copie d’une lame porté par un seul homme à Paris : un marchand girondain connu sous le nom de Joann Philippe Allano de Vaure.
- Et en quoi le fait d’avoir une arme similaire lie ses deux hommes ?
- Et bien, termina le Chevalier d’Alès, peu d’hommes seraient assez fou pour faire tailler la poignée de leur épée en … os de dragon ; et encore moins la portée, au risque d’attraper la ranse.
- Il est même possible que le patenté soit Joann Philippe Allano de Vaure grimé en Louis de Blois, suggéra le Chevalier de Saint Gobain, et qu’il ne ferait que fuir vers son refuge parisien.
- Mais si tout cela est vrai, s’inquiéta le Duc dont le visage avait tiqué à l’évocation des mots dragon et ranse. Alors pourquoi cette mise en scène ?
- Sans doute pour créer des troubles et ainsi faire diversion, évoqua Hubert en bon stratège militaire.
- Mais de qui et pourquoi, interrogea le Duc. A moins que … Le Roi ! Le Cardinal !?
- Tout cela est possible Monsieur le Duc, fit Edmond en se levant prêt à prendre la route, et pour prévenir tout ça nous retournons immédiatement à Paris.
- Si nous ne nous trompons pas, puissiez-vous empêcher le pire, soupira le Duc. Je vais renvoyer mes gens, si tout ceci n’est qu’une mascarade.
- N’en faites rien Monsieur le Duc, intervient Edmond. Gardez les vôtres auprès de vous, sans faire de vagues. Nous ne savons rien à l’heure qu’il est d’un possible complot, mais votre soutien à la Couronne peut toujours être possible.
- Je vois, compris le Duc. Si je ne suis pas le seul à avoir été manœuvré, il est possible que Beaufort, ou d’autres malfaisants, le soient aussi. En me tenant prêt, je n’éveille pas l’attention de l’ennemi sur la réussite de sa supercherie, et je me tiens prêt à repousser d’autres manipulés ; sans toutefois précipiter le trouble vers la capitale.
- Tout à fait Monsieur le Duc, conclu Arnaut dont les années d’intrigues approuvaient la logique du noble. Nous prenons donc congés sur l’heure.
- Portez bien mes sincères salutations et remerciements à son Eminence, lança le Duc en les regardant sortir de son bureau.
- Nous n’y manquerons pas, assura Hubert.

Les trois Lames descendirent alors dans la cour, où leur compagnon alchimiste attendait avec les chevaux.

- Alors comment ça s’est passé ? demanda-t-il.
- Très bien, répondit simplement Hubert. Ton information sur la poignée en os de dragon, a fait son petit effet.
- Et bien vous voyez que…
- … Ca ne règle pas notre problème, le coupa Edmond en s’adressant à Arnaut. Si ce malandrin est Joann Philippe Allano de Vaure, comme tu l’as déclaré au Duc ; il ne peut plus nous dire où se trouve le dragonnet du Cardinal, vu qu’il est mort.
- Non, admit Arnaut, mais je pense que ça n’est qu’un agent de Joann Philippe Allano de Vaure, et que ce dernier est toujours à Paris.
- Oui alors, fit Hubert avec suspense. Joann n’était que le pion de quelqu’un d’autre.
- Mais n’oubliez pas un détail, intervient l’alchimiste à la surprise générale, celui qui a le dragonnet du Cardinal a aussi celui de Mademoiselle Néomaye.
- Et donc ?! firent en cœur les trois compagnons.
- Et ben, elle a dit que celui qui a les dragonnets est un dragon. Donc Joann est un dragon ou Joann a été envoyé par un dragon !

Devant la mine septique de ces compagnons, l’alchimiste eu un instant d’hésitation. Avait-il dit une grosse bêtise ou avait-il énoncé une vérité inutile ?

- Ça ne change rien à la question de qui avons-nous tué, trancha Edmond en montant en selle. Et ce n’est pas ici que nous aurons la réponse. Allez, partons à Paris avant midi. Espérons que tout se soit bien passé en notre absence ?
  • Julien COLLIGNON
  • ( Utilisateur )
  • Portrait de Julien COLLIGNON
  • Hors ligne
  • Maître
  • Messages : 121
  • Remerciements reçus 7
Dernière édition: le 24 Octobre 2016 à 15:17 par Julien COLLIGNON.
L'administrateur à désactivé l'accès en écriture pour le public.

Les Lames du Cardinal le 19 Décembre 2016 à 13:14 #7241

A ma cadence de rédaction habituelle, certains auraient pu croire que j'avais disparu.
Il n'en est rien.
Et pour le prouver, voici le récit de fin de la dernière partie (qui c'est tenue le 26 novembre).

Certains auront également la chance (ou pas) de recevoir des posts personnels par mail.

Bonne lecture,
Bonnes fêtes de fin d'année,
A très bientôt
  • Julien COLLIGNON
  • ( Utilisateur )
  • Portrait de Julien COLLIGNON
  • Hors ligne
  • Maître
  • Messages : 121
  • Remerciements reçus 7
L'administrateur à désactivé l'accès en écriture pour le public.

Les Lames du Cardinal le 19 Décembre 2016 à 13:15 #7242

Lorsque la course du soleil se terminait, la grande salle de l’hôtel de Chevry était déjà éclairée par de nombreux chandeliers et l’âtre. Enguerrand, Edmond, Hubert et Arnaut, installés à la grande tables, sirotaient tranquillement un verre, servit par Suzanne, en jouant aux cartes. Charlotte et Blandine, accompagnée de Mélusine, s’étaient installées à l’écart des hommes, près de l’âtre avec plusieurs livres, et avaient une discussion à voix basse des plus palpitantes. Il en était ainsi depuis leur retour de leur « promenade » au Louvre moins d’une heure plus tôt. Arnaud de Laincourt entra dans la pièce, cherchant du regard les absents. Comme en réponse à son interrogation muette, la porte principale s’ouvrit, dans un courant d’air froid ; et tous se tournèrent, le regard tantôt réprobateur tantôt interrogatif, sur les deux nouveaux arrivants : Antoine et Talber.
« Nous n’attendions plus que vous messieurs, commença Laincourt incitant par la même l’ensemble du groupe à lui prêter attention. »
- C’est très aimable, répondit Antoine en se dirigeant vers l’âtre.
- Et nous avons des éléments à porter à l’attention de tous, poursuivit Talber l’air grave en retirant son manteau.
- Bien, dans ce cas nous vous écoutons, déclara le Capitaine des Lames.
- Nous n’avons pas tué le dragon, dit de but en blanc l’ex garde noir.
- Comment ça, s’écria Edmond. Nous l’avons traqué et piétiné de nos montures, comment pourrait-il en être autrement ?
- Et Madame de Vichenault l’a pourfendue avant qu’il ne chute de la tour, fit Enguerrand incrédule.
- Le fait est, reprit Antoine en se réchauffant les mains devant le feu, que de tous les corps que j’ai examinés, aucun ne porte les particularités anatomiques des dragons.
- Mais Charlotte l’a suivi grâce à Mélusine ?! insista Blandine.
- Peut-être que Mélusine c’est trompée, supposa Hubert. Après tout ce n’est pas un limier.
- Quoi qu’il en soit, reprit Antoine. Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas eu son cadavre sur ma table qu’il n’est pas mort.
- Pour ma part je suis convaincu que cette vile engeance est bien vivante, maugréa Arnaut.
- Ça ne m’étonne pas de ta part, lui lança Edmond.
- Combien de corps avez-vous examiné ? coupa alors Charlotte.
- Et bien, réfléchit Antoine, j’ai disséqué six corps identiques mais…
- … et ils étaient huit en haut de la tour, corrigea Blandine en se rapprochant du groupe son carnet de notes à la main.
- A quoi penses-tu, demanda Talber qui sentait que la jeune femme avait une explication.
- Je pense que l’un des doubles à couvert la fuite du dragon, affirma la jeune érudit.
- Et comment arrivez-vous à cette conclusion ? demanda calmement Laincourt.
- Dans les rares documents sauvés de l’incendie, commença-t-elle, j’ai trouvé des notes sur un rituel permettant de créer des « êtres » capable de changer d’apparence.
- Vous parlez des doubles que vous avez combattus, se fit confirmer le chef des Lames.
- Il semble en effet, confirma-t-elle. Ces créatures peuvent prendre l’apparence, et peut-être l’esprit, d’une personne simplement en l’a touchant un certain temps ; et ils ne semblent pas limités à une seule forme.
- Fort bien, acquiesça le lieutenant du Cardinal, mais pourquoi penser qu’il a couvert le dragon ? Vous avez donc un élément qui confirmerai sa survie !
- Je pense oui, fit la jeune femme avec un petit sourire triomphant. J’ai commencée à étudier les grimoires récupérés, et l’un d’entre eux est un grimoire ritualiste.
Ménageant une pause dans son explication, elle nota l’expression d’incompréhension de certains de ces compagnons et l’attention accrue des autres.
- Ce livre, reprit-elle, permet de lancer le Rituel des sans peur. Et si ma traduction est bonne, je pense que ce rituel permet à son bénéficiaire d’échapper à une mort certaine dans presque tous les cas, … une fois par an.
- Je vous en prie terminée, fit Laincourt entrevoyant la fin du raisonnement.
- Je pense que cette magie a sauvegardé le dragon du coup mortel porté par Blandine, voir même de la chute ; et qu’il n’a eu qu’à remettre à la hâte ces effets les plus voyant à un de ces doubles pour qu’il nous dirige dans la mauvaise direction.
- Donc ton dragonnet c’est fait dupé, conclu Hubert, et nous avec.
- Le double a été « créé » par le dragon, insista la jeune femme, il en avait donc toutes les caractéristiques, y compris l’odeur et l’aura. Aucun limier n’aurait fait la différence.
Sur ces mots, elle caressa avec tendresse le petit reptile sur son épaule, qui semblait avoir compris, et peu apprécié, la remarque de l’ancien soldat.
- Ça n’explique pas où se trouve le dernier double, fit remarqué Laincourt. D’après votre compte, il y a un double et un dragon dans la nature.
- Sur ce point nous sommes d’accord, concéda la lettrée, mais j’y travaille.
- Restons vigilant et ne baissons pas les bras, enchaina le Capitaine des Lames. Bien que l’ennemi ai perdu de précieuses ressources et que son plan ai été mis à mal, il reste vivant et donc très dangereux.
- Et pour Petit-Ami, demanda Blandine, que fait-on ?
- Son Eminence a été enchanté de le revoir, répondit Laincourt, et il vous transmet ses plus sincères remerciements et félicitations. Quant à la protection du dragonnet, il m’a fait savoir qu’il faisait le nécessaire, avec l’aide de Monsieur Tessier.
- Donc tout est fini pour nous ? interrogea Edmond.
- Pour l’instant Monsieur Galieni, pour l’instant seulement, fit Arnaud avant de se tourner vers Enguerrand. Monsieur de Hautprès. Vous avez un instant à m’accorder ?
- Mais certainement, répondit prestement le magistrat surpris par la demande.
Sitôt les deux hommes parti, Hubert appela les servantes afin que la table soit mise. Edmond battit les cartes, proposant à Antoine de remplacer le magistrat partit.

Profitant que la jeune femme soit un peu isolée, Talber s’approcha de Charlotte.
- Content que tu sois de retour parmi nous, lança-t-il en grattant la tête du dragonnet. J’espère que vous vous portez bien depuis le rituel et le combat de la tour, dont Blandine m’a fait récit.
- Tu n’imagineras jamais le meilleur, dit alors la frêle jeune femme à voix basse au robuste maitre d’arme, désormais notre « lien » est permanent. Je peux voir par ces yeux quand je veux, et sans absorber cette maudite jusquiame.
- J’en suis heureux, admit l’ancien garde noir, il me peinait que tu sois obligée de te résoudre à de tels procédés.
- Talber, minauda t’elle sur un ton qui se voulait faussement du reproche, tu t’inquiètes trop.
- Vu les chemins que tu empruntes jeune fille, soupira le vétéran, je pense être encore trop calme.
- Pas de panique je maitrise, tenta-t-elle de le rassurer. Maintenant que j’en sais plus, je vais pouvoir reprendre l’entrainement mieux armée.
- C’est de ça que je voulais t’entretenir, admit-il d’une voix soudain moins assurée. L’Ordre de Saint Georges m’a remis un pli à ton attention.
- La « vieille » Mère Supérieure de Vaussambre se languie de m’influer ses interminables exercices, ironisa la jeune érudit en saisissant le document que lui remettait discrètement l’ancien garde noir.
- Ce n’est pas la Mère Supérieure qui t’envoie ce pli, corrigea Talber, c’est la Mère Agnès de Vaudreuil, la chef des Louves !
  • Julien COLLIGNON
  • ( Utilisateur )
  • Portrait de Julien COLLIGNON
  • Hors ligne
  • Maître
  • Messages : 121
  • Remerciements reçus 7
L'administrateur à désactivé l'accès en écriture pour le public.

Les Lames du Cardinal le 26 Décembre 2016 à 19:48 #7245

Bonjour tout le monde, j'espère que vous avez passé de bonne fête et sinon je voulais savoir la possible futur date :D.
  • Olivier THORET
  • ( Utilisateur )
  • Portrait de Olivier THORET
  • Hors ligne
  • Maître Suprême
  • Messages : 363
L'administrateur à désactivé l'accès en écriture pour le public.

Les Lames du Cardinal le 10 Janvier 2017 à 19:57 #7280

La prochaine partie est fixée au vendredi 27 janvier.
Une fois de plus affûtez rapières et répliques,
et relisez vos notes, car l'intrigue reprend en ce début mai 1643.

A bientôt
  • Julien COLLIGNON
  • ( Utilisateur )
  • Portrait de Julien COLLIGNON
  • Hors ligne
  • Maître
  • Messages : 121
  • Remerciements reçus 7
L'administrateur à désactivé l'accès en écriture pour le public.

Les Lames du Cardinal le 26 Février 2017 à 16:10 #7298

Bonjour à tous,

Petits posts suite à la partie du 17 février.
Bonne lecture.

Pour info, la prochaine partie est programmée au 17 mars.
A bientôt
  • Julien COLLIGNON
  • ( Utilisateur )
  • Portrait de Julien COLLIGNON
  • Hors ligne
  • Maître
  • Messages : 121
  • Remerciements reçus 7
L'administrateur à désactivé l'accès en écriture pour le public.

Les Lames du Cardinal le 26 Février 2017 à 16:12 #7299

Paris, nuit du 1er au 2 mai 1643.

Arnaud de Laincourt remontait dans ses appartements après avoir donner les dernières consignes au groupe de Lames pour leur mission en Lorraine. Cependant, malgré le calme habituel qu’il affichait, le Capitaine des Lames était en proie à une profonde contrariété. Depuis que le Cardinal l’avait écarté de ces Lames et du sauvetage de son épouse, il craignait que rien n’ai changé depuis l’époque de Capitaine La Fargue. Le prédécesseur de Laincourt au commandement des Lames avait servit le Cardinal de Richelieu durant de très nombreuses années avec une loyauté quasi indéfectible. Mais il avait vu son groupe sacrifié plusieurs fois au nom de la nécessité politique et de diverses intrigues. Certes Arnaud n’était pas dupe, et savait que le pouvoir imposait parfois des choix impossibles ; mais il s’avait aussi que seul la plus grande des loyautés permettait aux puissants d’attendre rien de moins que le meilleur de ces serviteurs. A une époque où les complots se propageaient plus vite que le chiendent, et que les allégeances n’étaient que façades, la véritable loyauté était rare … et précieuse.
Tout en ouvrant la porte de sa chambre, Arnaud songeait que son irritation était peut-être une preuve de naïveté ; sous le règne de Richelieu cette situation en l’aurait sans doute même pas fait sourcillé tant elle aurait été habituel pour le Cardinal. Mais Mazarin n’était pas Richelieu, et sans doute style était il moins « rude » ; mais au final l’élève semblait faire aussi peu cas de ses pièces que le maître.

Laincourt nota un léger mouvement d’une tenture dans un coin sombre de sa chambre, mais continua à fermer la porte comme si de rien n’était.
- L’heure est bien tardive pour une visite, dit Arnaud à haute voix en glissant discrètement une main vers sa rapière. A moins que se ne soit l’heure des basses offices.
- Bonsoir Arnaud, répondit Saint Lucq en sortant de l’ombre avec son chapeau en main. Pourquoi crois-tu être menacé ?
- Tu dois bien t’en douté si tu es là ? Je doute que tu sois venu sans ordre du Cardinal !
- Je viens effectivement sur ordre du Cardinal, acquiesça le sang-mêlé, mais pas pour s’exécuter.
- Alors que me vaut ta visite … tardive ?
- Je suis venu te délivrer une mission.
- Une mission ! A moi, fit Laincourt en cachant mal sa surprise.
- Oui, reprit le messager en remontant ses lunettes aux verres couleur rubis. Le Cardinal veut que tu enquêtes personnellement sur un point particulier.
- Alors que son Éminence me retire mes hommes, et m’écarte du sauvetage de mon épouse, il aurait besoin de mes talents !? Si ça ne venait pas de toi, je pourrai croire à une mauvaise plaisanterie.
- On croirait entendre La Fargue. Dois je te rappeler que les Lames sont les agents du Cardinal, et non les tiens ?
- Que veux-tu, le paternalisme va avec la fonction de Capitaine, répondit Laincourt sur un ton faussement moqueur.
- Son Éminence n’a jamais douté de tes capacités, expliqua Saint-Lucq d’un ton égal, il a juste créé une situation ou tu étais temporairement dégagé de tes actuelles responsabilités, pour te consacrer à d’autres tâches.
- Et quelles sont-elles, pour que je ne puisse les gérer avec mes … compagnons ?
- Il s’agit de savoir sur le Comte de Rochefort est passé à l’ennemi.

Laincourt resta interdit devant la phrase prononcé par son ancien compagnon d’arme. Le Comte de Rochefort était, de très longue date, l’exécuteur des basses besognes du Cardinal de Richelieu ; et il avait poursuivit son œuvre au service de Mazarin. Bien qu’il n’ai pas de lien avec les Lames, il lui arrivait de les croiser au gré de tâches communes ou en tant que porteur de la parole du Cardinal. Et généralement il ne s’agissait pas de grand moment de fraternité, bien que lui et les Lames servent le même maître.
Imaginer Rochefort servir les ennemis de la France, alors qu’il était l’ombre du plus puissant défenseur du Royaume, semblait insensée… et pourtant. Le Comte était la créature de Richelieu, mais pouvait ne pas avoir le même lien avec son successeur. Mais delà à être un traître.

- Sur quoi se base-t-on pour envisager une telle chose, demanda Arnaud incrédule.
- Sur la déclaration que le Roi a signé il y a moins de deux semaines, et qui fixe les règles de la future régence.
- Le Roi est au plus mal, son fils est trop jeune pour régner ; il est donc normal de préparer une régence. Quel rapport avec la possibilité que Rochefort soit un traître ?
- Le document limite considérablement les prérogatives de la Reine, et l’oblige à s’appuyer sur une liste précise de personnes pour toutes les décisions importantes ; et bon nombre de ces personnes ne sont pas les plus grands fidèles de la Couronne et ont ou pourraient avoir des liens avec l’Espagne … et ses dragons.
- Et Rochefort ?
- Rochefort fait parti des trois personnes qui ont entériné et signé le document devant notaire. Document qui est également signé par le Docteur Bouvard, empoisonneur du Roi.
- Rochefort soutiendrait un complot visant à tuer le Roi et remettre le pouvoir entre les mains de personnes manipulables ou à la cause de la Cour des Dragons, conclut Arnaud à haute voix sans vouloir y croire.
- Son Éminence voulant connaître le fin mot de cette histoire, poursuivit le sang-mêlé, mais sans alerté Rochefort. Il a donc saisit l’opportunité de te dégager de tes Lames pour que tu puisses te concentrer sur cette affaire ; et éviter une confrontation entre les Lames et Rochefort, si tu les mettais sur le coup.
- Qui plus est, reprit Saint-Lucq après s’être approché du dragonnet Maréchal pour le caresser, tu as une certaine expérience en tant qu’agent double de la Griffe Noire, ce qui fait que tu es le plus à même de démêler le vrai du faux.
- En clair je dois enquêter, sans appui, sur l’un des hommes les plus redoutables de France. Qui ne me manifestera que plus de mépris si je l’innocente, et n’aura de cesse de me nuire de toutes plus ignobles manières si je le démasque.
- C’est ça, répondit d’un ton affirmatif l’ancienne Lame du Cardinal avant de se diriger vers la porte.
- Et si Rochefort est un traître ! Que dois-je faire ?
- Prévenir le Cardinal … qui décidera si je dois, ou non, lui rendre visite un beau soir.

La porte se referma alors sur le sang-mêlé qui venait tout juste d’ajuster son chapeau et l’inclinait en guise de salut.
Resté seul Arnaud de Laincourt réfléchit quelques instants à toute cette affaire, avant de se rendre à son bureau et de commencer à écrire une lettre.
  • Julien COLLIGNON
  • ( Utilisateur )
  • Portrait de Julien COLLIGNON
  • Hors ligne
  • Maître
  • Messages : 121
  • Remerciements reçus 7
L'administrateur à désactivé l'accès en écriture pour le public.
Cet utilisateur a été remercié pour son message par: Loïc Demeulemeester

Les Lames du Cardinal le 26 Février 2017 à 16:20 #7300

Sainte-Marie-aux-Mines, nuit du 4 au 5 mai 1643

Isolé au fond d’une caverne, Setek le drac rouge était en train de répéter des mots incompréhensibles à voix basse. En transe, il s’était placé au centre d’un cercle réalisé en éclats d’os de dragon. Il était éclairé par des coupelles de terre où brûlait un liquide noir aux reflets dorés dégageant une lumière faible et rendue rougeâtre par les fumeroles s’élevant des mêmes brasiers. L’air de la pièce semblait être saturé d’une odeur entêtante.

La visite de la jeune femme au dragonnet, quelques heures auparavant, l’avait dans un premier temps amusé, puis intrigué. Maitre de la duperie le drac rouge savait reconnaître un beau parleur quand il en voyait un ; mais il y avait quelque chose de plus chez cette femme qu’il ne s’expliquait pas. Son lien avec son dragonnet était en soit déjà inhabituel, tout comme son envie de rentrer dans une demeure de dracs, mais ça ne suffisait pas à expliquer son étrange sensation à son égard.

Progressivement les incantations diminuèrent, puis cessèrent. Pendant quelques secondes, le drac rouge semblait endormit assis dans son cercle, la tête pendante. Puis il se redressa brutalement, le regard vide, et la bouche s’animant dans une conversation muette. Cet état dura une petite minute avant de s’arrêté aussi subitement qu’il avait commencé. La pièce fut alors plongée dans le noir, alors de que les braseros venaient de tous d’éteindre, comme soufflés.

Le silence dura de longues heures, et finalement c’est aux portes du matin, lorsqu’un drac vint s’enquérir des consignes de son chef, qu’il le trouva allongé dans une position inhabituelle au sein d’un cercle dispersé.
Craignant autant de déranger une pratique qu’il ne connaissait pas, autant que curieux de savoir si son chef avait rendu l’âme dans une expérience interdite, le jeune drac gris se pencha pour tâter son ainé rouge.
Celui-ci s’éveilla alors, et avec une rapidité hors du commun saisi le poigné de son subalterne. Les deux dracs échangèrent quelques regards : inquisiteurs pour Setek et inquiet pour le jeune adulte ; avant que chacun ne retrouve sa place et que le contact physique soit brisé.
- C’est l’heure d’aller à la mine, finit par articuler le jeune drac.
- Fort bien, allez y et surveillez bien la pustule, commanda Setek. Je passerai sans doute dans la journée.
Puis sentant l’interrogation de son subalterne, il le gratifiait d’un sourire carnassier et lui déclara.
- J’ai usé des brumes hier soir.
- Et donc ?
- Et bien nous saurons bientôt ce qu’il convient de faire.
  • Julien COLLIGNON
  • ( Utilisateur )
  • Portrait de Julien COLLIGNON
  • Hors ligne
  • Maître
  • Messages : 121
  • Remerciements reçus 7
L'administrateur à désactivé l'accès en écriture pour le public.
Cet utilisateur a été remercié pour son message par: Loïc Demeulemeester

Les Lames du Cardinal le 19 Juin 2017 à 18:27 #7354

La partie du 9 juin a conclu un nouveau volet de la campagne des Lames du Cardinal que j'anime depuis plusieurs années, avec une table des plus dynamiques.

Je passe le relais (j'espère temporairement) pour masteriser Les Lames du Cardinal; mais j'aurais plaisir à jouer à ce jeu avec les joueuses et joueurs que j'ai vu grandir, ou avec tout autres qui souhaiteraient se lancer dans ce jeu terriblement attractif.

Pour conclure, voici un de mes désormais traditionnel post.
J'implore une nouvelle fois l'indulgence des maitres et maitresses de la langue française, n'étant qu'un incorrigible étourdit mais un perpétuel rêveur.

Bonne lecture et au plaisir de croiser le fer et les cartes ensemble.

"Un jour, toujours"
Julien
  • Julien COLLIGNON
  • ( Utilisateur )
  • Portrait de Julien COLLIGNON
  • Hors ligne
  • Maître
  • Messages : 121
  • Remerciements reçus 7
L'administrateur à désactivé l'accès en écriture pour le public.

Les Lames du Cardinal le 19 Juin 2017 à 18:28 #7355

23 mai 1643 – Louvre

François de Comminges, comte de Guitaut, se relevait lentement à la demande de la Reine Anne d’Autriche ; devant un parterre de membres de la Cour en cette belle matinée ensoleillée. Il fit alors face à la souveraine et déclama le serment lié à sa nouvelle charge ; celui de capitaine des garde de la Reine.
Il est vrai qu’après avoir fait casser le testament de feu le Roi Louis XIII par le Parlement de Paris, le 18 mai, la Reine avait grand besoin de s’entourer de personnalité fidèle pour assurer sa Régence désormais libéré de toutes contraintes. Et François de Comminges, surnommé le « vieux Guitaut », était un noble des plus fidèle à la Reine.
Désormais la Reine pouvait compter sur au moins trois hommes pour lui permettre de régner jusqu’à la majorité du tout jeune Louis XIV. D’une part le chancelier Pierre Séguier, qui semble avoir joué un rôle non négligeable dans la rupture du testament du Roi, et occupait désormais la fonction de ministre d’Etat. Et d’autre part le Cardinal Mazarin, dont les mauvaises langues disaient être l’amant de la Reine après qu’elle l’ai nommé Principal Ministre, même une fois le testament défait.
Mais pour l’heure, la Cour affichait un soutien poli à la Régente et saluait la nomination d’un brillant noble d’épée.

- Devrais-je voir en cette nomination un quelconque doute de sa Majesté à l’égard de ses Mousquetaires ? demanda discrètement Tréville à Mazarin, tandis que la Reine menait la Cour.
- Rassurez-vous Capitaine, reprit le Cardinal, il ne s’agit là que d’une manière pour sa Majesté d’affirmer son pouvoir et de se rassurer. Les Suisses qui gardent le Louvre sont toujours aussi aptes et loyaux, et ne réclament pas de commandement supplémentaire. Mais je ne doute pas que vous le sachiez déjà ?
- Effectivement, admit l’officier. Mais vous savez comme moi que les temps sont incertains et que la Couronne est fragile. J’aurais trouvé inapproprié que la protection du Roi soit déstabilisé par un jeune coq, aussi brillant soit-il.
- Je reconnais bien là votre souci permanent pour la Couronne et votre discernement Capitaine. Et je vous en remercie. Nous allons effectivement au-delà de temps tourmentés ; car même si la Reine a gagné en force suite aux dernières épreuves, il lui manque encore une légitimité nationale.
- Sans parler des ennemis, dans ou hors nos frontières, qui conspirent toujours, soupira presque Tréville. Notre jeune Roi en a fait les frais il y a peu.
- Le propre du veilleur, coupera Mazarin, c’est de voir ce que personne ne voit encore et de s’inquiéter lorsque tout est calme. Le Lieutenant D’Artagnan a sauvé le Roi il y a peu, et les Lames ont éliminés la menace ; et nous pouvons nous en réjouir. Mais puisse Dieu nous aider à toujours être là à temps. D’ailleurs comment se porte le Lieutenant D’Artagnan Capitaine ?
- Fort bien, comme vous pouvez le constater, répondit Tréville en indiquant la présence de son meilleur homme au Cardinal d’un léger signe de la tête. Ses blessures se sont vite remises, et il est plus déterminer que jamais à faire face à toutes les dangers, même les plus extraordinaires, qui pourraient menacer notre Roi. Et qu’en est-il de vos Lames ?
- Et bien, elles se portent bien et ne sont pas très loin, répondit le Cardinal en balayant la salle du regard pour localiser ses agents. Leurs derniers exploits ne seront pas aussi connus que le sauvetage héroïque du Roi par D’Artagnan ; mais ils peuvent en être fiers et moi également.
- Il est bien rare de vous entendre être « réellement » satisfait Votre Eminence, souligna le Capitaine de Tréville.
- Vaincre un dragon sous sa forme mythique est un exploit que même nos brillants généraux Condé et Turenne ne peuvent que rêver ; mes Lames l’on fait, et sans l’Ordre de Saint Georges. Vous comprendrez sans peine que je m’accorde un peu de satisfaction Capitaine.
Tréville acquiesça et après un salut quitta le Cardinal pour rejoindre la Garde d’Honneur de la Reine, alors qu’elle se dirigeait avec la Cour vers les jardins. Le Cardinal regarda la salle se vider, avant de reprendre les couloirs de service pour rejoindre son bureau.

Marchant rapidement dans les couloirs, l’homme le plus puissant de France pensait à ses agents. En effet, après leur dernière victoire, le Cardinal avait trouvé juste de les récompenser par un peu de liberté.

Ainsi plusieurs étaient partis dans différentes contrées, tandis que d’autres vaquaient à leur occupation.
Talber de Desbordes et Charlotte Néomaye était parti pour le Mont Saint Michel pour étudier avec les Sœurs de Saint Georges.
Arnaut Frommentin s’était retiré à St Gobain avec sa dulcinée pour y gérer son domaine et sa manufacture tandis que les travaux d’aménagement de son hôtel particulier parisien avançaient.
Edmond Galieni reparti en sa cité d’Alès afin de faire le tour des Cévènnes devenu sa baronnie ; et régler quelques affaires familiales.
Blandine de Vichenault avait accepté d’accompagner le Duc Erik Nilsson en Suède pour que se dernier fasse un retour à ses supérieurs de la trahison d’Hildegard Frey Asmund et porter un message de la France à Christine de Suède, future Reine.
Antoine Pèlerin retourna à Orléans quelques temps, et sous couvert de revoir sa famille et d’échanger sur des pratiques médicales avec des confrères de l’université, il recueillit de précieuses informations sur Gaston d’Orléans et ses partisans pour le Cardinal, et surveilla d’éventuels alliés étrangers ou draconiques.

Certains n’avaient pas intégré les Lames mais ne s’en portaient pas plus mal.
Ainsi Enguerrand de Hautprès fut libéré de ses obligations envers le Cardinal, tandis que les sombres menaces qui pesaient sur lui furent définitivement éliminé par une ombre dont certains disaient qu’elle avait un regard rouge.
Et le Frère Jean Valdaube reparti pour sa terre alsacienne, sans les titres et la charge de son mentor, mais néanmoins avec un sauf conduit qui lui permettrait de se faire accepter au sein d’abbayes prestigieuses.

Enfin Arnaut de Laincourt, épaulé d’Augustin Flamberge et d’Hubert Petitbois poursuivaient leur œuvre à Paris ; à l’affut de la moindre menace ou influence draconique envers la Couronne ; car il n’était en aucun cas question de relâcher la vigilance face à ces ennemis.

Arrivée à son bureau, le Cardinal s’assit à son bureau et s’apprêtait à prendre une plume lorsqu’il sentit une présence.
- Que votre Eminence me pardonnes, fit Saint-Lucq en se détachant de l’ombre, vous souhaitiez que je vous fasse mon rapport dès mon retour.
- Effectivement, répondit le Cardinal en maitrisant la sueur froide que le sang-mêlé ne manquait jamais de provoquer à chacune de ses entrées surprises, mais n’avais je pas précisiez qu’une entrée moins angoissante était souhaitable.
- Votre Eminence n’a rien évoquée de tel, répondit l’assassin du Cardinal avec calme, elle a juste demandé un rapport immédiat et discret.
- Sans doute, concéda le principal Ministre, et qu’en est-il donc de notre affaire ?
- Comme vous le soupçonniez le Comte de Rochefort s’est réfugiez chez le Duc de Guise, commença le sang-mêlé. Et suite à la traque efficace que Laincourt et ses Lames ont menés, De Guise et Rochefort ont fuit vers l’Italie pour se mettre sous la protection de l’Intriguante et du Conseil des Dix. Différents éléments confirme bien que De Guise est un dragon et tout portes à croire que Rochefort va être présenté à la Griffe Noire très prochainement.
- Parfait, conclu le Cardinal, le temps n’est plus à parer les coups mais bien à les prévenir. Nos troupes ont déjà remportées de belles victoires sur les espagnols ; cette infiltration de Rochefort au sein de la Griffe Noire pourrait bien en être une plus belle encore.
- Mais elle vous a coûté un loyal serviteur, remarqua Saint-Lucq.
- Pas tout à fait, admit Mazarin. A la mort de feu le Cardinal Richelieu, Rochefort est venu me trouver pour se mettre à mon service mais également pour me demander une faveur : il se savait vieux et voulait partir en un coup d’éclat, quitte à salir son honneur. Aussi nous avons préparé sa trahison afin de le rapprocher de la Griffe Noire et de l’y introduire.
- Mais ne craignez vous pas que les dragons de la Première Loge ne détectent le stratagème ?
- C’est effectivement un risque … que le Comte est prêt à prendre. Et s’il se sent perdu, il ne partira pas seul, soyez en assurez. C’est lorsqu’un homme n’a plus rien à perdre, qu’il est le plus déterminé et le plus dangereux. Merci bien de votre rapport, vous pouvez disposer.
- Et concernant Arnaud de Laincourt ? demanda Saint Lucq juste avant d’attraper la clenche de la porte du cabinet.
- Dites simplement au Capitaine Laincourt que vous avez régler le problème, sur mon ordre. Qu’il poursuive ses activités, car je ne doute pas que de nouvelles menaces ne tarderons pas à apparaître. Menaces qui réclameront l’intervention des Lames.
  • Julien COLLIGNON
  • ( Utilisateur )
  • Portrait de Julien COLLIGNON
  • Hors ligne
  • Maître
  • Messages : 121
  • Remerciements reçus 7
Dernière édition: le 30 Août 2017 à 10:08 par Julien COLLIGNON.
L'administrateur à désactivé l'accès en écriture pour le public.
Temps de génération de la page : 0.133 secondes
Les Bâtisseurs de Rêves, Powered by Joomla! and designed by SiteGround web hosting